Nov 17

Le Tesla Semi, révolution dans le secteur du transport routier ?

« Il pourra se transformer en robot, combattre les aliens et faire un latte d’enfer…  »
« il va faire sortir votre esprit de votre crâne pour entrer dans une autre dimension…
« 

Voilà comment Elon Musk fanfaronnait sur twitter avant de dévoiler son camion électrique : le Tesla Semi. Après plusieurs reports (initialement prévu en Septembre puis fin Octobre), la dernière prouesse de Tesla a finalement été présentée le 16 Novembre, rajoutant une nouvelle péripétie à cette année pleine de rebondissements pour le constructeur (sortie du Model 3, retards de production et pertes records).

The Tesla Semi is … big

Le Tesla Semi est un semi-remorque de classe 8 (charge opérationnelle supérieure à 14 tonnes), entièrement électrique, dont la production devrait être opérationnelle d’ici 2 ans pour des livraisons en 2020.

Niveau autonomie, il pourra rouler jusqu’à 800 km grâce à une consommation de moins de 2 kWh/miles (notamment grâce à l’aérodynamique du véhicule). La recharge sera elle ultra rapide : 30 minutes seulement pour récupérer 650km d’autonomie grâce à l’introduction de nouveaux MegaChargeurs, encore plus puissants que les SuperChargeurs qui rechargent les voitures Tesla. Etant donné que 80% des trajets font moins de 400km, ce niveau d’autonomie est largement suffisant dans la plupart des cas, nous dit Elon.

Et l’esprit Tesla n’a pas été oublié : son camion est rapide, très rapide. Il accélérera de 0 à 100 km/h en seulement 5s à vide, et en 20s avec 40 tonnes de chargement, ce qui est incroyablement rapide comparé aux camions diesel. La vitesse maximale sera elle aussi supérieure aux équivalents diesel. Quand au poste de pilotage, il ressemble d’avantage à celui d’une fusée qu’à celui d’un camion.

Camion électrique oblige, il a donc une autonomie bien moindre que les camions diesel qui peuvent rouler jusqu’à 1600 km avec un réservoir plein. Pour séduire les transporteurs, Elon doit donc Muskler son camion avec d’autres attributs qui peuvent faire la différence, et miser sur d’autres paramètres pour convaincre un public souvent très sceptique quant à la rentabilité des énergies alternatives : investir dans l’électrique doit être source de profits pour les transporteurs. Il faut alors proposer à la fois un modèle avec de bonnes performances tout en offrant un coût total de possession (= coût d’achat + coût d’utilisation dans le temps) identique voire inférieur aux modèles thermiques.

La recette magique de Tesla : Autopilot

S’il y a bien une fonctionnalité qui pourrait faire la différence, c’est le système Autopilot de Tesla qui sera embarqué à bord de son poids-lourd. Le Tesla Semi utilisera les mêmes technologies déjà développées pour les voitures Tesla, ce qui devrait être une petite révolution dans l’industrie du poids-lourd. L’Autopilot du Tesla Semi permettra notamment :

  • Le maintien automatique sur la voie (en lâchant volant et pédales), le freinage automatique, et l’alerte avant collision.
  • Vraisemblablement un système de platooning : plusieurs véhicules interconnectés en convoi suivent de manière automatisée le premier camion, seul à être conduit par un chauffeur (les autres suivant automatiquement le premier sans personne à bord). Cette technique a déjà été testée avec succès aux Etats-Unis et en Europe, avec une première expérimentation réussie l’an dernier aux Pays-Bas. Dans le cas du Tesla Semi, 3 camions pourront se suivre, donc une potentielle économie de personnel par trois.

Au final, au-delà des performances impressionnantes du nouveau modèle de Tesla, la question primordiale pour les transporteurs reste celle du coût total du camion. Si le prix de vente envisagé n’a pas été communiqué, Elon nous a assuré que le coût total de possession sera 20 % inférieur à celui d’un modèle diesel équivalent, et garantit une durée de vie d’au moins 1,6 millions de km. Moins de maintenance et plus longue durée de vie devraient impliquer une opportunité économique sur le long terme pour les transporteurs.

Tesla pas seul sur le marché du camion électrique…

Avec le report de son annonce, Tesla s’est fait doubler par Daimler (maison mère de Mercedes Benz entre autre) qui a dévoilé la semaine dernière le premier poids lourd électrique au monde au Tokyo Motor Show. Le E-Fuso Vision One a par contre une autonomie maximale de seulement 350 kilomètres, bien moins que le modèle de Tesla, et apparement pas de système de pilotage semi-autonome à l’horizon pour le constructeur Allemand.

… ni sur la conduite autonome

Niveau conduite autonome, c’est pourtant Daimler qui avait ouvert la voie en 2014 avec des premiers tests concluants de conduite autonome sur autoroute. Et en avril 2016, Daimler et cinq autres constructeurs européens (DAF, Man, Iveco, Scania et Volvo) avaient même organisé le premier convoi de camions semi-autonomes entre l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas.

Même Uber a testé le camion autonome en 2016, en livrant des canettes de bières au Colorado grâce à la technologie de la startup Otto rachetée par Uber. Quant à Google, il teste également cette technologie avec sa filiale Waymo.

Un cran au-dessus (ou plutôt en avance) : Einride, une start-up suédoise, va plus loin en testant un prototype sans cabine et sans humain à bord. Son camion T-Pod est électrique, pèse 20 tonnes (fret compris) et dispose d’une autonomie de 200 kilomètres. La société souhaite mettre en circulation de 200 véhicules d’ici à 2020 entre Göteborg et Helsingborg, en Suède.

Les avantages du camion autonome

La concurrence s’annonce donc rude sur ce futur marché du camion autonome. En effet, contrairement aux voitures, le camion autonome ne s’appuie pas sur un gain de confort ou de rêve mais sur la promesse d’économies réelles pour les transporteurs.

Selon une étude de PwC réalisée en 2016, la première génération de camions semi-autonomes pouvant circuler en convoi devrait déjà permettre de réduire les coûts du transport de 5% d’ici 2020, notamment grâce à une réduction d’environ 11% de la consommation de carburant. Et avec l’arrivée du camion 100% autonome, (vers 2030 selon l’étude), la baisse des coûts pourrait atteindre 30%, principalement grâce à la réduction des emplois des chauffeurs (40% des coûts).

Et bien sûr, il y a l’aspect sécurité (90% des accidents de la route sont dus à des erreurs humaines), notamment en occasionnant moins de fatigue pour les chauffeurs.

Au final, les camions autonomes devraient permettre de rouler plus longtemps (que le maximum autorisé de 11 heures par jour), en faisant des économies de carburant ou d’énergie (grâce à une conduite optimisée) et de masse salariale (si un seul chauffeur peut guider une flotte de camion en convoi, ou si tous les camions sont autonomes), plus de sécurité et également mois de pollution (à fortiori si les camions sont électriques, quoique qu’il faudra surement un kilométrage important pour amortir l’impact CO2 de la production initiale des batteries qui n’est pas à négliger).

Au final, ils pourraient donc représenter une perspective très intéressante pour les entreprises de transports. Et cela prendra probablement bien moins de temps aux camions pour être autonomes comparés aux voitures où le gain induit par l’autonomie est moins rentable.

L’emploi des chauffeurs routiers menacé ?

Dans la balance, la question de l’emploi des chauffeurs routiers se trouve au centre des économies potentielles que l’autonomie des camions peut apporter. Selon un rapport publié en juin dernier par le Forum international des transports, entre 2 et 4,4 millions d’emplois de chauffeurs routiers seraient ainsi susceptibles de disparaître entre 2020 et 2030 aux Etats-Unis et en Europe, soit 50% à 70% des effectifs de la profession … si le cadre juridique évolue (la conduite autonome est pour l’instant loin d’être autorisée).

La stratégie de Tesla

Tesla prend donc une bonne avance sur ce sujet du transport routier autonome, et les fonctionnalités proposées par son dernier modèle semble faire sens vis à vis des exigences de la profession. D’autant plus que la haute technologie embarquée fait plutôt rêver et donnerait presque envi de devenir chauffeur routier (si ce métier existe toujours demain…).

Le marché des camions n’est d’ailleurs pas la seule ambition du groupe : comme précisé dans son « Master Plan », Tesla prévoit également la sortie prochaine d’un bus, d’un pickup, et même d’un système d’auto-partage. L’ambition d’Elon Musk et de Tesla est bien de révolutionner les transports dans leur globalité, grâce à l’électrique et à l’autonomie des véhicules.

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Arthur Le Menec, content Manager @Niji. Essaie actuellement de comprendre le monde 🤔